Encourager la prévoyance

Une logique perverse

S’ils percevaient la totalité des sommes qui leur sont confisquées à la source et qu’ils devaient ensuite les reverser, les salariés se révolteraient. Quant leur employeur débourse quatre mille euros chaque mois, ils n’en perçoivent seulement deux mille. S’ils assumaient eux-mêmes leurs dépenses de santé en s’assurant contre les vrais risques et en investissant leur épargne en prévision des périodes d’inactivité, ils s’en tireraient à bien meilleur compte.

Nos gouvernants nous font croire qu’ils se sont saisis du problème, alors qu’ils cherchent par tous les moyens à faire survivre un système qui s’apparente à une imposture. Au lieu d’entretenir plus longtemps les Français dans l’illusion qu’ils bénéficient de la meilleure protection sociale du monde, il importe de dénoncer un système consistant à prélever un très lourd impôt sur le revenu à la source.

 

Restituer aux Français leur épargne

Si chacun était responsabilisé, il assumerait deux types de dépenses : les unes certaines (il faut prendre soin de sa santé et disposer de ressources quand on ne travaille pas ou plus); les autres liées aux aléas de la vie, à savoir la maladie et le chômage de longue durée. Dans le premier cas, il faut épargner pour l’avenir; dans le second, il s’agit de prévenir les risques en souscrivant une assurance. L’Etat se limiterait à secourir, à travers une CMU et un revenu minimum garanti, le nombre assez limité de Français ne parvenant pas se prendre en charge.

Pour sortir de l’impasse dans le secteur de la santé, il suffirait que ladite Assurance maladie commence par se muer en un authentique organisme d’assurance. Au lieu de payer à guichets ouverts (et de couvrir des dépenses afférentes aux soins courants), il rembourserait à l’identique les prestataires dûment concernés. Cette première étape une fois franchie, la seconde – à savoir la fin du monopole – suivra tout naturellement. La carte Vitale serait maintenue, à charge pour les prestataires de services de se tourner vers l’Assistance publique ou les services fiscaux en cas de défaillance des assurés. L’Etat mettrait l’accent sur la prévention, aujourd’hui bien absente, et assumerait le cas échéant les très gros risques.

Pour financer le coût du chômage, il s’agit à la fois de recourir à l’épargne et de faire jouer l’assurance chômage. Une partie des cotisations serait capitalisable, ce qui inciterait le salarié à retrouver rapidement un emploi et les caisses mutuelles à l’assister dans son intérêt également bien compris. Le financement des indemnités de licenciement, véritable machine à supprimer les emplois (en faisant jouer à une entreprise en difficulté le rôle de caisse d’assurance, on l’accule à la faillite).

Il serait mis fin au financement de la retraite par un impôt qui ne dit pas son nom, un mécanisme de « cavalerie » qui en d’autres circonstances conduit en prison. Les diverses possibilités de placement seraient remises à l’honneur, formule déjà adoptée dans une quarantaine de pays. Compte-tenu de l’énormité de la dette (non provisionnée) contractée par l’Etat auprès des futurs retraités, la sortie du système actuel serait très progressive, d’autant que les barrières psychologiques à faire tomber exigent un gros travail d’information des Français.

La réforme devra s’appliquer d’abord aux personnes accédant au marché du travail, qui ne verront aucun inconvénient à être ainsi responsabilisés, tandis que les assureurs et les professionnels de l’épargne rivaliseront d’imagination pour leur proposer un large éventail de produits répondant à la diversité de leurs besoins. La réforme de notre système dit de protection sociale marquera le point de départ d’une autre révolution mentale, indispensable au réveil de la société française.